Visite de Tabatha Schmidhauser, Secrétaire générale de La Fondation Haas à Casa Alianza Honduras


Depuis 2025, la Fondation de Bienfaisance Pierre et Andrée Haas, basée à Genève, soutient le programme de rue de Casa Alianza Honduras (CAH). En septembre, Tabatha Schmidhauser, Secrétaire générale de la Fondation Haas, s'est rendue au Honduras. Durant sa visite, elle a visité la résidence mixte et le foyer Querubines à Tegucigalpa. Ce dernier accueille des jeunes filles victimes de traite des êtres humains. Dans ces résidences, chaque année, environ 120 enfants bénéficient de l'accompagnement de CAH, protégés de la violence et des abus, grâce au processus de réhabilitation. Elle s'est également rendue à San Pedro Sula, où CAH dispose d'un bureau pour la réintégration familiale des enfants en situation de migration irrégulière. Enfin, Tabatha a accompagné l'équipe de rue lors de l'une de ses tournées.

À son retour du Honduras, elle nous a confié son témoignage.

Vous vous êtes rendue au Honduras en septembre pour découvrir Casa Alianza et visiter le projet soutenu par la Fondation Haas. Quelles ont été vos premières impressions lors de cette visite ?
 

J'ai d'abord pris la mesure de l'ampleur des besoins. Ça saute aux yeux dès qu'on arrive. Mais j'ai aussi été frappée par la proximité des équipes avec les familles. À San Pedro Sula, les bureaux de Casa Alianza sont au nord de la ville, en plein dans les quartiers où vivent les familles accompagnées. On voit tout de suite que le travail se fait sur place, avec les gens.

Le contraste m'a aussi marquée. D'un côté, un contexte très dur, entre pauvreté, violence et migration. De l'autre, des équipes pleines d'énergie. À San Pedro Sula comme à Tegucigalpa, les personnes que j'ai rencontrées connaissent chaque enfant et chaque famille par son prénom. Elles parlent de leur travail avec beaucoup d'exigence, et aussi beaucoup de cœur.

Vous avez pu rencontrer les équipes de Casa Alianza et découvrir leur travail quotidien. Qu'est-ce qui vous a particulièrement marquée dans leur approche auprès des enfants et des jeunes ?
 

Surtout le respect du choix de l'enfant. Rien n'est imposé. Quand les équipes rencontrent un enfant dans la rue, elles l'approchent avec respect et lui proposent de rejoindre le programme, sans jamais le forcer. Si la famille accepte, elle s'engage avec Casa Alianza pour un an d'accompagnement.

J'ai aussi aimé voir que tout est pris en compte : la santé, les dents, le soutien psychologique, l'école, l'aide juridique. Et il y a des choses très concrètes pour aider les jeunes à devenir autonomes, par exemple lu matériel dont un jeune a besoin pour exercer un métier, couture, coiffure, esthétique etc …. Enfin, j'ai été touchée par la place de l'art-thérapie et du sport. Pour des enfants qui ont vécu des choses très difficiles, ce sont d'autres façons de se reconstruire quand les mots ne viennent pas.

La Fondation Haas soutient un projet destiné à accompagner des enfants et adolescents en situation de rue. Qu'avez-vous pu observer concrètement sur le terrain concernant l'impact de ce soutien ?
 

Nous soutenons le Programme de rue de Casa Alianza à Tegucigalpa. J'ai pu suivre les équipes de rue pendant une tournée et voir comment le lien se crée, Ils reviennent régulièrement, ils soignent une petite blessure, ils partagent un repas. Ce sont de petits gestes, mais la confiance commence souvent comme ça.

J'ai aussi compris pourquoi les visites de la résidence comptent autant. Les enfants rencontrés dans la rue peuvent venir voir le lieu, poser leurs questions, se rassurer, puis décider eux-mêmes s'ils veulent y entrer. Et l'espace d'accueil a été réaménagé. Grâce à la nouvelle salle, les familles sont reçues dans un cadre plus intime et plus digne. Pour un premier contact, ça change beaucoup.

Y a-t-il une rencontre, un moment ou un témoignage qui vous a particulièrement touchée ou que vous garderez en mémoire ?
 

Je pense beaucoup à la visite du foyer Querubines. Il accueille des jeunes filles de 10 à 18 ans, et beaucoup ont vécu des violences terribles. Toutes vont à l'école, et certaines suivent des ateliers de couture, de fabrication de savons et de bracelets ou de soins esthétiques, pour préparer leur avenir. Les voir reprendre confiance dans un lieu où elles sont en sécurité, après tout ce qu'elles ont traversé, m'a beaucoup émue.

Je n'oublierai pas les visages et la joie de vivre de ces jeunes filles quand nous avons joué ensemble au Bingo, version hondurienne. Elles avaient une énergie et une combativité qui en disent long sur leur force et sur leur envie de vivre comme tout enfant devrait pouvoir le faire.

Après cette visite, votre perception des enjeux auxquels sont confrontés les enfants et adolescents accompagnés par Casa Alianza a-t-elle évolué ou été approfondie ?
 

Oui, clairement. Je savais que la situation des enfants de rue était grave : on parle de 15 000 à 20 000 mineurs au Honduras. Mais je n'avais pas mesuré à quel point elle est liée à la migration. Chaque semaine, des dizaines d'enfants sont renvoyés au Honduras après avoir tenté de partir, souvent traumatisés par le voyage. Beaucoup vivent avec un frère, une sœur ou un oncle, parce que leurs parents sont partis chercher une vie meilleure ailleurs.

Ce qui m'a aussi frappée, c'est que la plupart des violences viennent de l'entourage proche de l'enfant. En plus, l'impunité reste très forte et les procédures judiciaires durent des années. Et puis il y a des obstacles très concrets. L'école publique est gratuite, mais certaines familles n'arrivent pas à payer le matériel scolaire. Les produits frais sont souvent plus difficiles à trouver que les aliments transformés. Tout ça montre qu'on ne peut pas aider ces enfants en ne regardant qu'un seul aspect de leur vie.

Qu'est-ce qui a conduit la Fondation Haas à soutenir ce projet au Honduras ? Pourquoi est-il important, selon vous, que des fondations et des donateurs en Suisse soutiennent des organisations comme Casa Alianza au Honduras ?
 

À la Fondation Haas, nous soutenons d'abord des projets pour les personnes les plus vulnérables, dans le respect de leur dignité et de leurs droits. Casa Alianza correspond tout à fait à ça. L'organisation est présente au Honduras depuis plus de 35 ans. Son équipe est compétente et stable, elle s'appuie sur le réseau Covenant House, et elle ne force jamais un enfant, ce qui correspond aux standards internationaux de protection de l'enfance. Le fait que Casa Alianza Suisse soit à Genève nous aide aussi beaucoup : nous avons un vrai relais pour suivre le projet.

Aujourd'hui, le soutien des donateurs suisses compte énormément. L'aide publique est très limitée au Honduras, et l'aide internationale a beaucoup diminué ces dernières années. Les besoins sont toujours aussi importants, mais il y a beaucoup moins d'argent pour y répondre. Des organisations comme Casa Alianza dépendent presque entièrement de financements extérieurs. Quand elles peuvent compter sur un soutien sur plusieurs années, elles peuvent s'organiser, garder leurs équipes et suivre les enfants dans la durée. C'est indispensable si on veut les aider à sortir pour de bon de la rue, de la violence et de la migration.

" Je n'oublierai pas les visages et la joie de vivre de ces jeunes filles quand nous avons joué ensemble au Bingo, version hondurienne. Elles avaient une énergie et une combativité qui en disent long sur leur force et sur leur envie de vivre comme tout enfant devrait pouvoir le faire. "

Tabatha Schmidhauser, Secrétaire générale de la Fondation Haas