Dennis
Depuis quand courrez-vous et pourquoi ? Est-ce votre première participation à l’UTMB Mont-Blanc ?
Une nuit de 1994, je me suis réveillé avec une douleur atroce. Je ne comprenais pas d’où elle venait, mais elle était insupportable et incessante. Le lendemain, après avoir consulté un médecin, on m’a envoyé à l’hôpital où l’on m’a diagnostiqué une pancréatite. J’avais 22 ans, j’étais « jeune et en bonne santé », mais je me suis soudain retrouvé hospitalisé pour une chose sur laquelle je n’avais aucun contrôle. Cette expérience m’a amené à réfléchir profondément à l’importance du bien‑être et d’une bonne santé.
C’est ainsi que j’ai commencé à faire de petits joggings. Enfin, je pensais qu’ils étaient longs, mais ce n’était pas le cas. Cela m’a également rappelé les leçons apprises des années auparavant, lorsque mon père m’avait enseigné l’importance d’une mentalité positive et de la visualisation pour atteindre ses objectifs. Il insistait sur l’importance d’avoir des objectifs et de la détermination, et disait souvent : « Si tu peux l’imaginer, si tu peux y croire, tu peux y arriver. »
J’ai commencé à faire de la musculation en plus de la course à pied, puis, quelques années plus tard, mon père a eu une légère crise cardiaque. Cette expérience m’a fait apprécier encore davantage la santé et le bien‑être, et je me suis encore plus concentré sur la forme physique.
À peu près à la même époque, quelqu’un m’a demandé si je voulais courir un marathon. Je ne connaissais pas la distance d’un marathon, mais, emporté par le défi, j’ai immédiatement accepté. Je n’avais pas les bonnes chaussures, ni les bonnes chaussettes, ni le bon short, ni le bon t‑shirt, je n’avais pas de crème pour minimiser les frottements, j’étais complètement à la traîne dans mon entraînement, j’ai perdu quatre ongles de pied, j’ai eu de graves crampes, je pouvais à peine marcher, mais à ce moment‑là, je venais de vivre l’expérience la plus enrichissante de ma vie. Après cela, je courais un marathon par an et je trouvais ça plutôt impressionnant.
Quelques années plus tard, mon père a eu une autre crise cardiaque et, un an après, on a diagnostiqué un cancer du sein à ma mère. Mon père a subi une angioplastie et ma mère une double mastectomie radicale, suivie de cinq interventions chirurgicales en dix mois, associées à une radiothérapie et une chimiothérapie.
Trois ans plus tard, j’ai lu un livre sur les ultramarathons, qui m’a ouvert les yeux. À l’époque, je ne savais pas que les gens pouvaient avoir une raison ou une motivation pour courir plus loin qu’un marathon. En 2005, j’ai découvert un ultra‑marathon de 50 km dans les montagnes de Santa Monica, au‑dessus de Malibu. Cette course m’a fait découvrir ma passion pour les ultra‑marathons et la course de trail en montagne, et j’ai couru 85 ultra‑marathons au cours des 21 années qui ont suivi. J’ai couru 217 km à travers la Vallée de la Mort en été, sous une température de 55 °C, j’ai effectué une double traversée en solo du Grand Canyon, j’ai atteint le sommet du point culminant des États‑Unis plus de 10 fois et j’ai terminé l’Ultra‑Trail du Mont‑Blanc à 5 reprises.
Ma dernière participation à l’UTMB remonte à 2019, six mois seulement après le décès de mon père. En 2026, mon objectif est de terminer l’UTMB pour la 6e fois devant ma magnifique femme et notre petite fille qui vient de naître.
Pourquoi avez-vous choisi de soutenir Casa Alianza Suisse ? Qu’est-ce que cela représente pour vous ?
Soutenir Casa Alianza Suisse a été un choix facile, sachant qu’ils viennent en aide aux enfants dans le besoin. En particulier aux enfants sans parents et à ceux qui ont été victimes de la traite. Venant tout juste de devenir parent, ce choix était d’autant plus personnel.
Un mot d’encouragement ou un message pour les autres coureurs et pour la communauté UTMB (sportive, associative…).
Le conseil que je donnerais à tous ceux qui participent à l’UTMB, c’est de se demander : « À quel point tiens‑tu à la gloire d’avoir fait le tour du Mont Blanc et d’avoir terminé l’UTMB ? » J’ai connu des moments de désespoir profond lors des précédentes éditions de l’UTMB, et trouver les moyens de surmonter ces défis qui semblaient insurmontables en valait toujours la peine quand on revient par ses propres moyens à la ligne d’arrivée à Chamonix.